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Khady Sylla , un ange est parti ...

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Nécrologie

Khady Sylla, un ange est parti…

D’après le président poète Senghor, seul est mort un mort dont on ne prononce plus le nom. Khady Sylla est partie mais des milliers de personnes ont  prononcé son nom pour lui rendre hommage. Ils l’ont rendue  éternelle, elle fait désormais partie de ces  quart d’ange comme elle aimait le dire à Djibril Diop Mambety son ami, son grand frère.

Il y a quelques mois, on  écrivait un long texte ensemble  que j’aimerais partager avec touts ses amis et proches et toute la famille. Par la même occasion, je remercie tous ceux qui, de près ou de loin, m’ont manifesté leur soutien et leur affection dans ces moments sombres et tristes.

Mariama Sylla

Texte de Khady Sylla

Le  temps est un vaisseau qui vogue, on dirait parfois vers nulle part. Je suis à la barre, mais le brouillard est si épais que je ne vois presque rien. L’eau est uniformément translucide, mais n’est jamais la même. On ne se baigne jamais dans la même fleuve, ni dans la même mer, ni dans le même ruisseau. D’un moment à l’autre il aura changé. Il sera devenu autre. Est ce toujours le même bateau en papier qui vogue sur le ruisseau ? Ne s’est il pas davantage imbibé  d’eau. Les atomes qui sont le papier ne sont-ils pas repositionnés grâce à un flux d’énergie. Je suis le fleuve, je suis la mer,  je suis le ruisseau et je suis le bateau.

Lorsqu’on vit, on perçoit le monde à travers les sens. C’est déjà le passé car le moineau s’est envolé. Le passé n’est-il pas le destin ? Dès lors pour le vivant, la signification la plus simple de la mort c’est plus jamais. Je m’imagine la mort comme un voyage vers une destination. On quitte toujours quelque part pour quelque part et là… Je m’imagine le quai d’une gare désaffectée avec des voyageurs sans bagages, une gare où les guichets sont vides et ou l’herbe recouvre par endroits les rails. Et moi je regarde le ciel. On ne peut pas regarder le ciel longtemps. Dans « Un amour dangereux » de Ben Okri, le jeune homme qui regarde sans arrêt le ciel finit par se tirer une balle dans la tête. Je pense également à l’artiste qui, en ce jour clair de fin d’hivernage, à agencé des cumulus, qui a choisi sur une palette invisible ces nuances de bleu. Et je vois les tableaux de Magritte. Et pourtant sous ce ciel, des hommes ont construit un immeuble jaunâtre avec un mur borgne.

J’ai envie maintenant de regarder le monde avec l’œil d’une caméra, de capter des images proches du rêve. Il me faut un tiers œil, l’œil mécanique, l’œil miroir qui, seul, me permet de ressentir de la joie. Je n’aime pas la vie. Je n’aime que le cinéma et la littérature. Et ils me l’on bien rendu puisqu’ils sont toujours là après l’amour. J’ai passé des années entouré de rêves qui m’ont adouci la vie et dès que ma main agrippe la feuille blanche, le bonheur revient frapper à ma porte.

Ma grand-mère Seynabou Lô était une grande femme forte et très douce. Elle a illuminé mon enfance et posé les fondations de mon imaginaire avec les contes et les paroles d’autrefois. La dernière photo en noir et blanc floue de ma grand-mère, c’est moi qui l’ai prise. Elle me regarde d’un regard qu’elle sait être le dernier et esquisse un sourire. J’ai appris sa mort de mon retour à Paris. Et je suis rentrée en écriture. J’ai écrit ma première nouvelle, l’univers qui parle d’elle. J’aimerais lire des passages de cette nouvelle dans la pénombre qui sied aux contes à coté d’une fenêtre qui donne sur un ciel de pleine lune. Mon père était un homme simple et digne. Il était dans l’administration, mais possédait un champ. Il aimait la nature et les paysans. Il aimait manger la nourriture des pauvres. Mon père écrivait des poèmes. Des alexandrins d’une beauté incroyable. Il m’en a donné deux parcheminés, un crépuscule dans la verrière du point. Il a ainsi préparé mon entée en écriture.

Ma mère était innocente. Elle était une fille de l’eau totalement incapable de supporter les blessures que la société sénégalaise inflige aux gens simples. Elle donnait sans compter. Elle était secrétaire à la Direction de la cinématographie au Sénégal. Grace a elle je regardais enfant les premiers films africains projetés sur des draps blancs à la maison, de Vieyra, de Sembene, de Aboubacar Makharam Samb…

Camarades, jetons à présent les bases de la société post-moderne d’où seront bannis le mot animal, machine et sauvage. Il faut retourner les moyens de la modernité contre elle-même (facebook, twitter…)

La démocratie doit être citoyenne.

Lassy

Je voudrais commencer en parlant de Lassy. Djibril Diop Mambety m’appelait Silla. Moi j’appelle Mariama, ma petite sœur Lassy. Ce sont les deux notes de musique différentes… Ainsi sommes nous toutes les deux fondues dans le même métal précieux, mais dans deux moules différents. C’est normal je suis l’aînée et elle la cadette. Et quand je vois comment nous nous sommes rejointes

à travers l’espace et le temps, je pense à un miracle. Je suis certaine que notre bien aimée grand-mère Seynabou, dans les gorges miraculeuse de Fatima, sur la lune et dans la source de la parole ancestrale, a tressé nos deux esprits.

Lassy est belle comme une vierge. Je voudrais lui dire ceci : par le temps qui vogue et qui ne s’arrête jamais, par le ciel, par les abysses, par la multitude finie des graines de sable, je ne trahirai jamais la confiance que tu m’accordes depuis l’âge de 17 ans alors que tu avais encore tes grands yeux d’enfant qui a grandi trop vite jusqu’à ce jour alors que tu as encore tes grands yeux et que tu es devenue adulte, rayonnante d’amour. Lassy je ne veux pas trop en dire. C’est comme relever un rideau de dentelle qui cache un secret. Mais saches que désormais je veux effeuiller chacune des roses qui poussent dans mes rêves diurnes.  Khady Sylla le 23 Septembre 2012

Texte de Mariama : Khady, je me souviens de l’époque, quand tu me portais sur le dos, le cerveau est un disque dur fragmenté, quelque fois des tiroirs s’ouvrent et font resurgir des relents de mémoires et de temps. Le temps c’est un bateau en transit éternel qui ne s’arrête jamais à sa destination finale.

Ma relation avec Khady remonte à l’enfance avec le souvenir de ma première grande poupée géante qu’elle m’avait achetée de retour de vacances universitaire de Paris. Aujourd’hui tous ces souvenirs semblent flous et étincelants en même temps comme une lumière qui s’éloigne mais qui est proche en même temps. Ce flou est venu avec toutes ces 15 années de maladie mentale qui l’ont marquée et que j’ai vécues avec elle. Elle m’apparait translucide comme si une main invisible s’était saisie d’elle, là je commence à la retrouver et les souvenirs commencent à avoir de la netteté.

Je voudrais filmer Khady assise dans la cour de ma maison, sur un banc à quelques centimètres de ma poubelle verte. En face je suis assise dans mon bureau-chambre, avec un décor de canapé lit, d’une armoire à bagage et d’une table de travail, les jouets de mes enfant éparpillés sur le sol. Je sors du bureau et la rejoins dans la cour et on rigole de nos deux bureaux respectifs. Je lui lance cette phrase : « Mieux vaut s’approcher tôt de la poubelle car le corps humain est une grande benne ambulante vouée à la décomposition mais heureusement que l’esprit est lumière ». Elle éclate de rire, de ce rire sans limite qui expulse en même temps cette souffrance quotidienne avec laquelle elle vit.

A travers cette cour et ce bureau, beaucoup de nos projets ont vu le jour avec ma petite machine baladeuse et ma clé internet rechargeable. Les sœurs Sylla n’ont jamais eu de complexe par rapport à ce monde capitaliste qui ne reconnaît que l’argent, les beaux bâtiments et le luxe. Pour moi, le bateau ivre sera une journée simple dans notre espace de travail et de vie. Je voudrais tant dire sur toi, mais je t’envoie juste ces deux poèmes que j’ai écrits sur toi il y a 15 ans. Puisse le bateau ivre voguer sans relâche sur les mers de Kawasara. Mariama Sylla le 23 Septembre 2012 .

 

A KHADY

Tes cheveux

Auréole solaire

Ton roman

Douceur et pureté

Toutes les blessures se refermeront lorsque la pluie tombera

 

A TOI

Kaléidoscope de sentiments lumineux

Hirondelles en perpétuelle migration

Alchimie d’une cartomancienne

Destin inéluctable tourné vers le grand bleu

Yacht rouillé par les océans houleux

Pars en paix car le souffle des Hommes du vent t’accompagnera à jamais.